Génération IV

Pierre van der Straeten

1889 – 1926
Dernière génération à la tête de l'usine

Biographie, version de travail. Sources : archives familiales (Luxembourg) — dossier de tutelle 1926, faire-parts, actes d'état civil, lettre abbé Billecocq (16 nov. 1918), carnet de notes Léon Claeys Boúúaert ; CHRONO_PIERRE (tableau chronologique, 23 avril 2026) ; Synthèse dossier tutelle, 23 avril 2026 ; Geneanet fiches Sosa 16-17.

Établie par Geoffroy van der Straeten, mai 2026.


Repères chronologiques

I. Pierre van der Straeten — famille et contexte

Pierre Marie Joseph Liévin Ignace Henri van der Straeten naît à Eine le 14 novembre 1889. Il est le neuvième des dix enfants d'Achille François Justin van der Straeten (1843-1921) et de Marie Emma Joanna Xaveria Cornelia van den Peereboom (1854-1918).

Atteignent l'âge adulte : Marie-Antoinette (1877-1937), Marie-Thérèse (1880-1969, épouse de Léon Claeys Boúúaert), Madeleine (1885-1951, Dame du Sacré-Cœur, Newcastle-on-Tyne, 1918), Anne-Marie (1886-1965, épouse de Paul Moens de Hase), Joseph (1888-1918, mort de la grippe espagnole à Paris), Pierre, et Agnès (1892-1966).

Deux enfants meurent en bas âge : Joseph (°1881, †4 avril 1884, à deux ans) et Paula (°1882, †8 septembre 1885, à trois ans). La proximité de ces deux décès en des années successives évoque une cause épidémique — la variole sévissait encore en Flandre dans les années 1880, aux côtés de la diphtérie, de la scarlatine et de la fièvre typhoïde. Un troisième enfant, Amand François (1878-1893), meurt à quinze ans — mort précoce mais distincte des épidémies infantiles de 1885, dont la cause reste à établir par les registres paroissiaux d'Eine.

Pierre grandit dans un foyer marqué par la réussite sociale et l'autorité patriarcale. Son père Achille dirige à la fois la commune d'Eine — dont il est bourgmestre depuis 1873 — et la filature de lin d'Eine, fondée en 1864 et rachetée en 1885. Pierre est le cadet des fils survivants. Son frère Joseph, d'un an son aîné, avait embrassé la voie du séminaire avant d'être rattrapé par la guerre ; il meurt de la grippe espagnole en octobre 1918. C'est Léon Claeys Boúúaert, beau-frère de Pierre, qui assurait déjà la direction effective de la fabrique.


II. Yvonne Moens de Hase — origines

Yvonne Pauline Emilie Marie Hubertine Joséphine Moens de Hase naît à Alost le 1er mars 1889. Elle est la fille de Théodore Moens de Hase (Alost, 1859-1904) et de Marguerite De Coen (Alost, 1868-1961).

Le patronyme Moens de Hase est lui-même le fruit d'une union alostoise : Paul Moens (1818-1889), grand-père paternel d'Yvonne, avait épousé Élisabeth de Hase (1826-1905), joignant deux familles de la bourgeoisie commerçante d'Alost. Du côté maternel, Marguerite De Coen est la fille de Gustave de Coen (1818-1888) et de Louise van der Noot de Vrechem (1829-1885), fille du baron Frédéric van der Noot, bourgmestre d'Alost — famille patricienne ancienne d'Alost et de Bruxelles.

Yvonne grandit à Alost dans un milieu catholique bourgeois comparable aux van der Straeten d'Eine. Son père Théodore meurt en 1904, quand elle a quinze ans. Sa mère Marguerite De Coen (1868-1961) lui survivra trente-sept ans et jouera un rôle central dans la tutelle des orphelins après 1926.


III. Le mariage du 13 septembre 1913 — une double alliance

Le 13 septembre 1913, une double cérémonie se tient à Eine : Pierre épouse Yvonne Moens de Hase, tandis que sa sœur Anne-Marie épouse Paul Moens de Hase, frère d'Yvonne. Cette architecture matrimoniale — deux enfants d'une famille épousant deux enfants d'une autre — est caractéristique des stratégies de consolidation d'alliances entre familles bourgeoises industrielles flamandes.

Selon la tradition familiale transmise par la branche Claeys Boúúaert, le mariage de Pierre et d'Yvonne ne fut pas heureux. Pierre avait un penchant pour la boisson qui pesa sur la vie du ménage.


IV. Les six enfants (1914-1922)

Prénom(s)LieuDateDécès
Achille Théodore Marie Joseph GhislainGand11 juillet 191417 décembre 1987
Louis Marie JosephGand1915Eine, 29 juin 1921 (6 ans)
Marguerite dite DaisyEine19 juillet 1917
Joseph dit JoeGand2 décembre 19182010
JacquesEine20 avril 1920
Étienne dit TournesolEine5 août 19222005

Deux des garçons naissent à Gand — Achille et Joseph —, vraisemblablement lors de séjours chez la famille maternelle Moens de Hase/De Coen. Le petit Louis meurt à six ans en 1921, la même année que son grand-père Achille.

Achille Théodore (1914-1987) est Sosa 8 de Geoffroy van der Straeten.


V. La décennie des deuils (1918-1926)

En moins de huit ans, Pierre perd successivement :

La mort de Joseph mérite un arrêt particulier. Arrivé à l'Hôpital Saint-Joseph de Paris le vendredi 11 octobre 1918 dans l'après-midi, il décède le samedi 12 vers 15 h — moins de vingt-quatre heures. L'abbé G. Billecocq, appelé à son chevet le samedi matin (1 rue Pierre Larousse, Paris XIV), rapporte dans sa lettre du 16 novembre 1918 qu'il avait ce jour-là « 6 cas de mourants de la fameuse grippe » et que rarement il avait vu un malade accueillir la mort avec pareil héroïsme. À Eine, en ce même octobre 1918, Yvonne était enceinte de huit mois : le petit Joseph, né le 2 décembre 1918, porterait le prénom de l'oncle mort six semaines plus tôt.


VI. Le décès d'Yvonne — pleurésie tuberculeuse (1924)

Yvonne Moens de Hase meurt le 4 mai 1924 d'une pleurésie, à trente-cinq ans. La cause inscrite sur l'acte de décès doit être lue dans son contexte : en 1924, le terme "pleurésie" masquait dans 70 à 90 % des cas une tuberculose, terme jugé trop stigmatisant pour figurer dans les documents officiels.

Le scénario médical le plus probable est celui d'une tuberculose latente réactivée. Le mécanisme est bien documenté : six grossesses entre 1914 et 1922 induisent un épuisement immunitaire cumulatif, et la fenêtre post-partum constitue une période classique de réactivation tuberculeuse. Étienne, le dernier enfant, naît en août 1922 ; Yvonne décède en mai 1924 — vingt et un mois plus tard, intervalle qui correspond à la progression typique d'une tuberculose réactivée vers une pleurésie fatale. La fragilisation pulmonaire liée à la grippe espagnole de l'automne 1918 a pu contribuer : Yvonne vivait à Eine/Audenarde, libérée le 2 novembre 1918 au moment du pic de la deuxième vague, et était alors enceinte de Joseph, né le 2 décembre 1918.


VII. Alma De Cuyper — la gouvernante (1924-1926)

Après le décès d'Yvonne en mai 1924, Pierre confie la maison et l'éducation des cinq enfants à une gouvernante, Colette Alma De Cuyper — désignée "A. De Cuyper" ou "Alma De Cuyper" dans les pièces privées, son prénom Colette n'apparaissant que dans les procédures judiciaires de 1926. Elle s'installe durablement au foyer d'Eine.

Selon la tradition familiale transmise par la branche Claeys Boúúaert, la présence d'Alma De Cuyper était une source de malaise dans la parenté catholique : elle vivait avec une autre femme, situation considérée comme scandaleuse dans les milieux du patriciat flamand catholique des années 1920.

Yvonne elle-même, avant sa mort, aurait exprimé à son notaire ses réticences à maintenir Alma De Cuyper de façon permanente au foyer — information relatée dans le brouillon d'entretien de Léon Claeys Boúúaert du 18 novembre 1926.


VIII. Le testament olographe — 4 juillet 1926

Le 4 juillet 1926, soit quatre mois avant sa mort, Pierre rédige de sa main un testament olographe dans lequel il désigne Alma De Cuyper tutrice testamentaire de ses cinq enfants mineurs. Ce testament est légalement opposable en vertu de l'article 397 du Code civil, qui reconnaît au père survivant le droit de nommer un tuteur par testament. Il sera au cœur de la crise familiale de l'automne 1926.

Pierre van der Straeten décède à Eine le 10 novembre 1926, à trente-six ans, quatre jours avant son trente-septième anniversaire. Il laisse cinq enfants orphelins de père et de mère, âgés de quatre à douze ans.


IX. La crise de la tutelle (novembre-décembre 1926)

Voir aussi : Synthèse consolidée du dossier de tutelle (23 avril 2026)/06%20-%20Conseil%20de%20famille%20et%20tutelle%20des%20enfants%20(1926+)/Transcriptions%202026-04-23/19261228%20Synthèse%20-%20Dossier%20tutelle%20enfants%20Pierre%20van%20der%20Straeten%20Eyne%201926%20(chronologie,%20prosopographie,%20analyse%20juridique%20et%20économique).md) — prosopographie complète, analyse juridique détaillée.

a. La mobilisation familiale

La désignation d'Alma De Cuyper comme tutrice testamentaire déclenche une mobilisation immédiate et concertée des deux branches familiales — van der Straeten et Moens de Hase. Léon Claeys Boúúaert, bourgmestre d'Eine, beau-frère de Pierre (mari de sa sœur Marie-Thérèse) et figure d'autorité de la famille depuis la mort d'Achille en 1921, prend la tête des opérations.

b. L'entretien du 18 novembre 1926

Huit jours après la mort de Pierre, Léon Claeys Boúúaert conduit à Eine un entretien privé avec Alma De Cuyper, dont il rédige un brouillon manuscrit pour ses archives personnelles. Alma refuse d'abord de renoncer, invoquant une promesse faite au père mourant, l'avis de son propre avocat, et un sentiment de légitimité morale. Léon contre-argumente : la famille conteste la capacité d'Alma à exercer la tutelle, et propose l'arbitrage du doyen ou de l'évêque.

c. Le pacte privé du 22 novembre 1926

Les négociations aboutissent le 22 novembre 1926 à un acte sous seing privé signé à Eine. Alma De Cuyper renonce à la tutelle en échange de trois contreparties :

L'acte est contresigné par "A. van der Straeten", vraisemblablement Marie-Antoinette van der Straeten (1877-1937), sœur aînée de Pierre.

d. Le conseil de famille du 7 décembre 1926

Le 7 décembre 1926, le conseil de famille se réunit au greffe de la Justice de paix du canton d'Audenarde, sous la présidence du juge Paul Minne.

Ligne paternelle (van der Straeten) : Léon Claeys Boúúaert (industriel, bourgmestre d'Eine, beau-frère de Pierre) ; Marie-Antoinette van der Straeten (sœur de Pierre, célibataire) ; Paul Moens de Hase (beau-frère par alliance, oncle maternel par le sang).

Ligne maternelle (Moens de Hase) : Marguerite De Coen (grand-mère maternelle, Gand) ; Antoine Moens de Hase (frère d'Yvonne, ingénieur à Alost) ; Willy Moens de Hase (frère d'Yvonne, Melle).

Alma De Cuyper démissionne officiellement sur le fondement de l'article 432 du Code civil (non-parenté), convertissant en acte légal la renonciation pécuniaire du 22 novembre. Le conseil nomme :

Le Tribunal de première instance d'Audenarde homologue la délibération le 28 décembre 1926. Jugement enregistré fiscalement le 18 janvier 1927. Expédition transmise par Me Albert De Riemaecker au bourgmestre d'Eine le 8 mars 1927.


X. Le patrimoine des cinq orphelins

Le patrimoine des cinq mineurs est évalué à environ 1 076 853 francs belges en 1926 (±2 à 2,5 M€ actuels). Structure :

La gestion tutelaire s'étend sur près de dix-sept ans, jusqu'à la majorité d'Étienne le 5 août 1943, documentée par une série de baux : bail aux Zusters van de Visitatie (1929), accord terrain de football avec Emile Dhaenens (1928), baux Vaesken (1935), bail au Dr André Vindevoghel (1936).


XI. La reprise de la fabrique par Léon Claeys Boúúaert

Simultanément à la gestion de la tutelle, Léon Claeys Boúúaert prend en main la direction de la filature de lin d'Eine, fondée en 1864 et rachetée par Achille van der Straeten aux frères Vandeputte le 2 janvier 1885. Cette reprise consolide sa position comme chef de famille élargi, à la fois tuteur légal des orphelins et directeur de l'outil industriel familial.

Léon Claeys Boúúaert (1879-1971), mari de Marie-Thérèse van der Straeten depuis le 6 mai 1905, décède à quatre-vingt-douze ans en 1971. Sa longévité lui permet d'assurer une continuité familiale de 1926 jusqu'à la génération suivante. Son carnet de notes manuscrit, tenu quasi hebdomadairement de 1926 à 1971 et transmis par son petit-fils Vincent Claeys Bouuart, constitue la source primaire la plus dense sur la période post-Pierre de la famille van der Straeten.

[À retrouver : carnet de notes Léon Claeys Boúúaert, mentionné comme conservé sur le disque A:. Source de premier ordre.]


XII. Bilan

Yvonne Moens de Hase meurt à trente-cinq ans après neuf ans de mariage et six maternités. Pierre van der Straeten lui survit deux ans, décédant à trente-six ans après avoir enterré, en moins de dix ans, sa mère, son frère mort de la grippe, son père, son fils de six ans, et son épouse.

Son décès précipite une crise de tutelle résolue en quelques semaines par Léon Claeys Boúúaert. La mécanique juridique — dissimulant un arrangement privé derrière le motif légal de non-parenté — témoigne des ressources d'une bourgeoisie catholique flamande habituée à concilier droit codifié et arrangements familiaux.

Leurs cinq enfants affrontent sans parents l'entre-deux-guerres, la Seconde Guerre mondiale et la reconstruction. L'aîné, Achille Théodore Marie Joseph Ghislain van der Straeten (Gand 1914 — 1987), grand-père paternel de Geoffroy van der Straeten, est Sosa 8 de la lignée directe.


Sources documentaires

Sources primaires (archives familiales, Luxembourg)

Sources secondaires

Points à vérifier ou développer

Sommaire
Repères chronologiquesI. Pierre van der Straeten — famille et conte…II. Yvonne Moens de Hase — originesIII. Le mariage du 13 septembre 1913 — une do…IV. Les six enfants (1914-1922)V. La décennie des deuils (1918-1926)VI. Le décès d'Yvonne — pleurésie tuberculeus…VII. Alma De Cuyper — la gouvernante (1924-19…VIII. Le testament olographe — 4 juillet 1926IX. La crise de la tutelle (novembre-décembre…X. Le patrimoine des cinq orphelinsXI. La reprise de la fabrique par Léon Claeys…XII. BilanSources documentairesPoints à vérifier ou développer